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Les limites de la diplomatie

Depuis son arrivée au pouvoir, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a initié un retour vers l’Afrique, mais au-delà du symbole, cette politique ne semble pas avoir porté ses fruits avec l’Ethiopie

« L’Egypte traite la coopération avec l’Ethio­pie avec un coeur ouvert et des mains tendues pour le bien des deux peuples frères », avait dit le président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi en mars dernier, lors d’une rencontre à Addis-Abeba avec son homologue éthiopien, Mulatu Teshome. La visite était aussi l’occasion d’ex­pliquer la politique étrangère de l’Egypte de Sissi, devant le parlement éthiopien. Une poli­tique qui marque une réorientation ou un retour de l’Egypte vers le continent africain, au moins selon les diplomates égyptiens, qui font réfé­rence à l’époque nassérienne. Selon ces der­niers, les visites successives des reposnsables égyptiens en Afrique sont la preuve de ce regain d’intérêt qui a coincidé avec le gel du siège égyptien à l’Union africaine, au lendemain du départ du président destitué, Mohamad Morsi.

Dans une étude sur la politique égyptienne en Afrique, Amani Al-Tawil, chef du programme des études africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime que Le Caire a réussi à transformer des années de pertes dans les relations africaines en progrès. Et selon elle, cette nouvelle politique égyptienne en Afrique opère sur cinq axes diffé­rents à savoir, les relations égypto-soudanaises, la crise du barrage de la Renaissance avec l’Ethiopie, la dimension sécuritaire, la réinté­gration au sein de l’Union africaine et le déve­loppement des mécanismes d’intégration écono­mique. « Le Caire a réussi à ouvrir des perspec­tives dans les relations égypto-éthiopiennes dans le cadre d’une stratégie globale de coopé­ration au développement et ce, en élevant le niveau de représentation des comités conjoints au niveau présidentiel et en renforçant la coor­dination dans le domaine de la lutte contre le terrorisme en Afrique, avec l’idée de former une alliance militaire pour combattre le terro­risme », explique l’experte, en évitant de mini­miser la crise du barrage de la Renaissance. L’Egypte aurait ainsi récolté des gains au moins moraux en atténuant l’impact négatif de la diffu­sion d’images de l’ancien président avec ses partisans adoptant un discours agressif envers l’Ethiopie, sur fond de la question du barrage. « Le discours de Sissi devant le parlement éthio­pien a permis de rapprocher les points de vue, même si cela n’a pas été traduit en accord qui garantit la part de l’Egypte dans les eaux du Nil ou par un changement dans l’Alliance d’En­tebbe sur la sécurité de l’eau », estime-t-elle.

« Il n’y a aucun résultat tangible avec l’Ethio­pie », affirme pour sa part Hani Raslane, chef de l’unité du bassin du Nil au CEPS, alors que les responsables égyptiens ne cessent de parler de « progrès ». « C’est un changement de forme », explique Raslane. Et d’ajouter : « La politique de l’Egypte en Afrique est basée sur le dossier de l’eau et c’est le dossier central avec Addis-Abeba », affirme-t-il. D’après lui, le conflit n’a pas changé, c’est le moyen de l’aborder qui a changé. « Au lieu d’un discours accusateur, Sissi a opté pour des visites et des mots réconci­liateurs », affirme-t-il. Raslane estime que ce changement vise à « atténuer les craintes de l’opinion publique » et à « garantir la stabilité du régime ». Techniquement la capacité de stoc­kage du barrage éthiopien a été multipliée par 5, et il a fallu un an et demi, au lieu de 6 mois, pour désigner les experts internationaux, chargés de faire les études sur la viabilité du barrage. Ceci alors que la construction du barrage continue. « Au lieu des visites protocolaires et du discours amical, Le Caire aurait dû coordonner avec l’Erythrée et la Somalie, formuler des plaintes auprès de l’UA et l’Onu. Ce conflit ne doit pas se transformer en conflit militaire, mais il ne doit pas non plus être réduit à une politique de coopération », conclut le chercheur.

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